|
Le directeur de Skyguide quitte enfin son fauteuil. Alain Rossier sort finalement par la petite porte. Le 15 décembre 2006, il a démissionné de la direction de Skyguide, selon la formule consacrée « d’un commun accord avec le conseil d’administration ». Le communiqué de presse ne fait aucune mention de la collision d’ Überlingen, un boulet dont il n’aura pourtant jamais pu se débarrasser, faute de réaction adéquate au cours des deux années qui ont suivi la tragédie. Fin de règne sans panache à l’image de ses cinq ans à la tête de Skyguide, fin d’une « ère » que beaucoup attendaient. Avant cettte issue, Alain Rossier avait subi de nombreuses pressions. D’une part, son départ était dans l’air depuis plusieurs mois ; il avait même été évoqué au sein du conseil d’administration au moment où la direction des opérations avait changé de chef. Il était, d’autre part, bousculé par la base au cours des « CEO face to face », un espace de rencontre et d’échange entre le directeur et ses employés. A Genève, le dernier rendez-vous avait été des plus brefs… plus personne n’ayant de question à lui poser. Le ton était plus virulent encore à Zürich, où Alain Rossier avait dû faire face à de nombreuses critiques… Dans ce contexte, les aiguilleurs du ciel qui expriment leur soulagement ne sont pas rares: enfin une nouvelle tête, l’occasion de prendre un nouveau départ, l’occasion peut-être aussi de tourner la page de la tragédie. Pourtant, la collision d’Überlingen sera encore au cœur des préoccupations de Skyguide au moins jusqu’en mai 2007, date à laquelle se tiendra le procès pénal de huit de ses employés. Depuis juillet 2006, et le procès civil dans le cadre du dédommagement de la compagnie Bashkirian Airlines pour la perte de son appareil, une condamnation de l’un ou l’autre des accusés paraît inévitable. La cour de Constance a en effet estimé que les erreurs de Skyguide étaient beaucoup plus graves, que celles, éventuelles, commises par les pilotes russes. Par ailleurs, les juges n’ont pas retenu la coresponsabilité de Bashkirian Airlines. Alain Rossier n’est pas sur le banc des accusés, mais un membre de sa direction élargie l’est bel et bien, tout comme deux cadres élevés de Zurich. Quelle sera leur ligne de défense ? Ils pourraient tenter de se décharger vers le bas, et l’aiguilleur du ciel en poste le soir de la tragédie. Mais ce serait aller à l’encontre de tous les rapports qui concluent à un problème d’organisation et de management au sein de Skyguide. Dans ces conditions, vont-ils expliquer que leurs actions ont été dictées par des décisions de la direction? Par exemple, celle qui stipule que les nuits s’effectuent en solo ? Quelle que soit la tonalité du procès, la condamnation de l’un des cadres de Skyguide soulignerait la responsabilité morale d’Alain Rossier, le directeur au moment de la catastrophe. En démissionnant juste avant les fêtes, fin 2006, Alain Rossier a choisi le bon créneau pour quitter bord. L’émotion suscitée par la tragédie d’Überlingen est retombée et l’ancien directeur peut espérer échapper à la tempête liée au procès pénal de mai 2007. Publié dans la version en allemand du livre en mai 2007.
|