Accueil arrow Extraits arrow Les "Chasseurs d'ambulances"
Les avocats Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

1er JUILLET 2005

En cette fin d’après-midi, trois hommes en complet cravate se font remarquer devant l’entrée de la salle des fêtes de l’institut pour personnes handicapées de Brachenreuthe. Une traductrice les accompagne. De temps à autre, elle distribue des cartes de visite. L’un des hommes parle devant les caméras de télévision. De toute évidence, ils sont allemands, impliqués et intéressés. Mais de quelle façon ? En m’approchant, je découvre qu’il s’agit de l’avocat Michael Witti, de son associé Wolfgang Vehlow et d’un juriste travaillant pour eux. Le motif invoqué de leur visite est de présenter leur respect aux familles. Witti et ses compères ne sont en tout cas pas avares de paroles. Ils dialoguent avec les familles des victimes présentes et répondent de façon plutôt loquace à mes questions. Ils me racontent comment ils ont démarché les Bachkires.

Au lendemain de la tragédie, Wolfgang Vehlow est à la maison lorsqu’il entend parler du crash. Comme il a déjà des contacts en Russie, il décide de se rendre à Oufa. Il s’associe à Michael Witti, un ténor du barreau allemand, spécialiste controversé des catastrophes de masse et habitué des caméras de télévision. Son but : porter ce genre de cas devant la justice américaine

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L’équipe constituée, ils partent à Oufa pour faire une présentation, le même jour qu’une vingtaine d’autres cabinets d’avocats, devant les familles des victimes réunies à l’hôtel Bachkortostan, un cinq étoiles de la capitale. Ils sont convaincants. Après plusieurs visites, à l’automne 2002, les proches de 42 victimes les choisissent pour les représenter. Mais les défections ont été nombreuses ; ils ont en effet perdu les mandats de 14 de ces familles, qui ont choisi après coup de rejoindre un groupe défendu par des avocats américains.

On ne badine pas avec ce genre d’avocat. Fier, blessé dans son amour-propre, Michael Witti est prêt à leur faire payer d’avoir osé partir chez la concurrence : « Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on ne fait pas ça à Michael Witti. Pour le moment, nous n’intentons pas de procédure à l’encontre des familles pour avoir brisé illégalement le contrat qui les liait à nous. Mais nous verrons en temps voulu. »

En clair, lorsqu’elles auront reçu leurs indemnités et auront les moyens de dédommager Michael Witti de sa perte.

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Le revenu de Michael Witti et de ses associés est donc facile à calculer : vingt-huit fois 33 % de 150 000 dollars, c’est-à-dire près de 1.5 million de dollars. Les avocats auront juste dû s’alléger au passage des prétentions de leur financier et des frais de leurs quelques voyages à Oufa. Il semble qu’il y ait de la marge…

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Le troisième groupe de familles de victimes fait confiance à Gustavo Fuentes, un avocat américain, qui pour ce cas est associé à Podhurst Orseck, un cabinet d’avocats de Miami, spécialisé dans le domaine. Podhurst Orseck a déjà plus de 75 cas d’accidents d’aviation à son actif, et a par exemple défendu une douzaine de familles de victimes du crash du SR 111 de Swissair à Halifax.

Fin de l’été 2002, Gustavo Fuentes se rend pour la première fois à Oufa. Là, il se retrouve en concurrence avec une vingtaine de cabinets d’avocats qui présentent leurs services le même jour à un petit comité de sélection. Un très long voyage pour quelques minutes de présentation. Il repart pour les États-Unis, certain d’avoir perdu l’affaire.

Quelques mois plus tard, il reçoit un coup de fil d’Oufa ; sa présence est souhaitée immédiatement, car les familles sont sommées de choisir leur représentant légal dans les deux ou trois jours.

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Pour les Litvinov, le choix de l’avocat est ardu. Finalement, ils optent pour l’Américain, avant tout parce qu’il leur inspire confiance, à l’inverse de l’avocat allemand, qui très vite a parlé de sa propre rétribution aux familles des victimes, sans ménagement. Par ailleurs, Gustavo Fuentes reste plusieurs jours à Oufa dans l’attente du second rendez-vous avec les familles des victimes, et affiche une meilleure écoute des proches. « Au vu des déclarations de Skyguide suite au crash, les familles des victimes ne se sont pas senties respectées comme des êtres humains. Nous sommes russes et nous avons eu l’impression d’être traités comme des citoyens de deuxième catégorie. Choisir un avocat respectueux était donc essentiel pour nous ! »

La stratégie de l’avocat est de trouver une cour américaine qui serait prête à juger cette affaire. Objectif : obtenir 1,5 million de dollars par famille de victime.

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